Liminaire
Cet article ne restitue que l’analyse propre du rédacteur, basé sur sa vision du marché et d’Archos en particulier.
Les scénarii établis peuvent donc ne rien présager des réels produits ou partenariats commerciaux qui seront dévoilés par le fabricant dans les prochains mois...
Introduction
La conférence du 11 juin a suscité de nombreuses réactions au sein de la communauté Archos et du monde technophile d’une manière générale : alors que certains se sont extasiés sur les nouveaux produits proposés, Archos 9 en tête, d’autres ont en revanche été relativement déçus de ne pas avoir pu assister aux annonces des remplaçants des Archos 5 et 7, actuels fers de lance de la marque.
Une troisième catégorie de la population a également vu sa curiosité se réveiller : les actionnaires.
Revenons un peu en arrière...
Ce jeudi 11 juin, la conférence a enchaîné quatre interventions majeures : Alain Madelin, Intel, Microsoft et Maxicours. Suivi d’une visite de Anne-Marie Idrac en début de semaine suivante...
Politiques et industriels seraient-ils au chevet d’Archos ?
Maxicours
Commençons par le seul partenaire de cette conférence dont la présence était parfaitement compréhensible : les deux sociétés ont besoin l’une de l’autre pour espérer réellement développer une catégorie de produits qui peut avoir un réel impact sur leur chiffre d’affaires respectif (3 millions d’euro pour Maxicours en 2008, 74 millions d’euro pour Archos).

Patrice Magnard, le PDG de Maxicours, à bonne école...
Il n’y a donc là guère de surprise à voir le PDG de Maxicours, Patrice Magnard, vanter les mérites de son offre lors de cette conférence. Ce cas de figure s’est en effet déjà produit dans le passé, notamment lors de la conférence sur la génération 5 où les partenaires de contenu étaient venus, tour à tour, faire leur petit discours sur l’estrade.
Alain Madelin, Intel : même combat
La présence puis l’intervention d’Alain Madelin lors de cette conférence fut en revanche une énorme surprise en soi. Tout comme celle de Stéphane nègre, le président d’Intel France. Et leurs discours laissa planer une certaine dose de circonspection. A double titre :
Comment en effet interpréter les différents laïus sur l’investissement pour l’éducation en Afrique ?
Comment appréhender le développement des cartables numériques en France ?

Alain Madelin très libéré !
Sur l’Afrique, tout d’abord. Le discours d’Intel laisse apercevoir une réponse à un projet d’AMD, son concurrent principal : l’OLPC. Avec plus d’un million d’unités vendues à travers le monde depuis 2007, ce produit poursuit son déploiement, notamment dans les pays en voie de développement pour lesquels il est destiné, et il semble donc normal qu’Intel veuille y apporter sa réponse.
Intel semble avoir pris comme politique de confier la distribution de son Classmate au principal fabricant informatique national de chaque pays. De par son statut de "premier fabricant PC français" (dixit Stéphane Nègre), il était donc légitime que le Classmate puisse échoir à Archos en France. Mais pour les pays sans constructeur local, la distribution des Classmate passera obligatoirement par un fabricant étranger.
Et ici survient, pour les actionnaires d’Archos, tout l’intérêt de voir une conférence commune entre Intel et le gouvernement français... les deux lorgnant ouvertement, pour des raisons différentes évidemment, sur l’international et l’Afrique en particulier.
On peut par conséquent se demander si le gouvernement français ne va pas s’attacher à promouvoir la solution du Classmate Intel / Archos, sous couvert de déploiement de l’informatique éducative...
Geste supplémentaire s’il en fallait, le gouvernement s’est fendu, quelques jours plus tard, d’un nouveau geste à l’égard d’Archos en la personne d’Anne-Marie Idrac visitant les locaux de la PME d’Igny... Simple coïncidence ?
Ainsi, en l’espace de quelques mois, la question des netbooks Archos change totalement de dimension : initialement porté par l’Archos 10, un produit sans âme et visiblement sans réelle perspective autre que celle d’un apport de cash facile, la stratégie d’Archos d’entrer dans le marché des netbooks peut désormais laisser libre cours aux spéculations les plus folles : le marché français dans un premier temps (Intel ayant d’ores et déjà annoncé que les demandes dépassent largement les quelques 5 000 netbooks budgétés), l’international dans un second temps... le tout appuyé par des acteurs majeurs que sont Intel et le gouvernement français !
Enfin, on notera également, mais avec beaucoup plus de circonspection encore, l’allusion directe du PDG d’Intel France à des partenariats croisés avec Orange ou Carrefour...
Si la distribution semble le sujet trivial pour Carrefour (distribuer les Classmate au sein des grandes surfaces, rayons enfants ?), une offre spéciale proposée par Orange serait en revanche plus surprenante et intéressante : elle pourrait permettre à Archos et Orange de se rapprocher enfin autour d’un projet a priori voué à un certain succès. Et par conséquent de pouvoir reprendre des discussions inabouties que de nombreuses rumeurs ont laissé filtré par le passé...
Microsoft
La présence de Microsoft France reste dans la même veine. Comment justifier en effet la présence de Éric Boustouller lors de cette conférence Archos ? Certainement pas pour célébrer un partenariat historique sur l’implémentation du format Wmv !

Eric Boustouller, le DG de Microsoft France, qui pousse la chansonnette
Deux raisons peuvent se dessiner :
La première concerne la présence de Windows XP sur le Classmate. Même si Microsoft peut se targuer d’une position quasi monopolistique de son OS au sein des PC (netbooks compris), peut-être le géant de Redmond tient-il à éviter toute tentation d’éduquer aux plus jeunes d’autres environnements qu’ils pourraient ensuite chercher à conserver par la suite. Car Intel s’est déjà fendu d’une version linuxienne de son Classmate dans d’autres pays...
Mais Microsoft avait-il réellement besoin de se montrer dans une telle conférence ?
La deuxième consiste en la présence de Windows 7 au sein de l’Archos 9. Là encore, si Microsoft à tout intérêt à affirmer son système d’exploitation aux dépends d’un Linux ou d’un Android, il est difficile de croire que cela puisse justifier sa présence le 11 juin dernier.
Une telle démarche aurait pu se comprendre pour des entreprises comme Nokia (qui utilise jusqu’à présent Symbian) ou Palm (qui vient de sortir son nouvel OS : WebOS, utilisé son "Pre") et leurs millions de produits vendus... Mais comment penser une minute qu’elle se justifie également pour une société comme Archos qui vend quelques dizaines de milliers d’unité seulement chaque année ?
Car, en l’état actuel des choses, un succès de ce nouveau produit pour Archos signifierait au bas mot une dizaine de milliers d’unités vendues. Soit entre 50 000 et cent mille euros de licence Windows. Une peccadille pour une entreprise milliardaire comme Microsoft ! Et par conséquent, nullement une explication sur la présence de M. Boudouller à cette conférence...
Présence d’ailleurs d’autant plus énigmatique qu’elle a obligé une certaine schizophrénie de la part d’Henri Crohas, qui a débuté sa conférence en annonçant le prochain support de Google Android sur ses tablettes internet et qui l’a terminé en vantant les mérites de Microsoft Windows...
Archos, Intel et Microsoft, main dans la main ?
La question de l’Archos 9 peut en effet être portée vers un horizon bien plus élargi. Nous savons d’ores et déjà qu’Archos a prévu une version 12 pouces de cette "tabletPC", début 2010.

L’Archos 9, l’évènement principal de la conférence du 11 juin
Or, de toutes les "tabletPC" actuellement proposées, Archos constitue de l’avis de tous la solution la plus compacte et la moins onéreuse du marché.
Dès lors, ne pourrait-on pas imaginer un partenariat de fond entre Archos, Microsoft et Intel, pour tenter de faire enfin émerger ce format qui n’a, pour l’instant, rencontré que des échecs commerciaux ? De par sa forte et reconnue expérience en terme de mobilité, Archos ne pourrait-il pas incarner, aux yeux des deux mastodontes, une chance d’imposer au grand public un nouveau format numérique ?
Car quoi de plus étrange de voir Microsoft saluer les compétences technologiques d’Archos alors même que les deux sociétés sont censées être en concurrence frontale sur le marché des baladeurs / tablettes multimédia ? Car certes un nouveau Zune est prévu pour la rentrée, mais l’arrivée de Microsoft sur ce marché reste un échec cuisant pour le géant américain...
Dans ce scénario idyllique, subsiste cependant l’impression d’un écueil de taille : pour réellement imposer ce nouveau produit, les quelques usines de fabrication chinoises d’Archos n’y suffiront évidemment pas. Mais, une fois encore, la puissance des deux entreprises américaines permettraient sans coup férir de pallier au problème...
Financement de la conférence
Mais la présence des différents interlocuteurs aux côtés d’Henri Crohas ne fait finalement qu’apporter des arguments complémentaires aux interrogations entourant la surprise principale de la soirée : le financement de cette conférence.
Rappelons-nous : la génération 5 avait eu droit, à l’époque, à une conférence d’importance. C’était la première fois que Henri Crohas se risquait à animer un show contre nature, lui qui était réputé pour sa relative austérité et son peu d’enclin à se livrer aux médias.
L’année d’après, en 2008, Archos s’était contenté d’une présentation en petits salons privés, largement moins onéreuse, pour s’aligner sur les finances de la société qui avaient déjà sérieusement plongé.
Compte tenu du déroulement de l’année 2008 et ce début d’année 2009, c’est avec une véritable surprise que nous avons reçu le carton d’invitation pour cette conférence. A partir de là, nous nous attendions surtout à une conférence sobre et limitée, scénario d’ailleurs encouragé par le peu de communication fournie par Archos autour de cet évènement...
Au final, la conférence fut bien au-delà de toutes nos attentes ! Mais une fois la satisfaction passée, il convient de se demander comment une telle organisation a été possible pour une société pourtant au bord du gouffre financier...
A la lecture des derniers résultats d’Archos, il est en effet impensable que la PME d’Igny ait pu se permettre un tel évènement. Une seule explication semble dès lors possible : un ou plusieurs partenaires ont probablement dû co-financer le projet.
Cette question fut bien évidemment posée lors de la conférence, tant à certains salariés d’Archos qu’à l’agence de presse organisatrice. Malheureusement - et on pouvait s’y attendre, nous n’avons reçu qu’un aimable sourire en coin pour réponse...
Souvenirs, souvenirs...
Mais sachons raison garder.
Car il reste néanmoins que toutes ces vraies bonnes surprises et ces extrapolations charbaxiennes ne peuvent faire oublier les derniers échecs majeurs en termes de partenariats :
Moovyplay d’une part, qui a vu la société mère CPFK faire faillite moins d’un an après le lancement effectif de l’offre, puis reprise par le groupe NetGem qui n’a pas donné suite
SFR d’autre part, qui a visiblement considéré que le succès des Archos 5 3G+ n’était pas au rendez-vous et qui reste désormais aux abonnés absents...
Les deux autres partenaires télécoms, annoncés fièrement par Henri Crohas il y a plus d’un an maintenant, en même temps que SFR et qui n’ont visiblement jamais abouti...
Cependant, pour les deux premiers cas, Archos n’est pas responsable du résultat final : ce sont les activités historiques de CPFK qui ont amené le groupe au dépôt de bilan et c’est avant tout la stratégie commerciale de SFR (l’ajout d’un forfait 3G de 20 euros minimum) qui a laissé peu de chance au produit.
L’échec de l’offre SFR a dû achever de convaincre les deux autres partenaires...
Conclusion
Ces différentes analyses pourront évidemment paraître quelques peu fantaisistes pour certains lecteurs. Archos nous a en effet malheureusement habitué à de nombreuses déceptions commerciales et la situation financière de la société laisse actuellement peu de place au sourire.
Mais les observateurs extérieurs habitués à côtoyer Archos auront probablement pu percevoir, comme nous, un changement important dans l’ambiance interne ressentie : depuis l’année dernière, le stress généré par une activité en déclin et une vague de licenciement semble avoir laissé place à un stress de suractivité (qu’on comprend bien compte tenu du nombre de produits annoncés)...
Fausse impression issue du prisme déformant des marketeux ou réel renouveau de la société ? Chacun espèrera évidemment la deuxième solution même si, une fois encore, il tiendra à chacun de rester fortement précautionneux...