Mot d'humeur #3: Ce qui peut choquer
par le 20/05/2012 à 11:15:45 (1960 Affichages)
Je vous avais dit au début du concept "mot d'humeur", qu'ils étaient là pour parler de tout et de rien, pour faire rire, pour choquer...
Bah cette fois j'avais envie de choquer.
Mais qu'est ce qu'on entend par choquer?
Je suis choqué par peu de choses... Parce que c'est comme ça, parce que je réagis de sang froid.
J'ai vu des choses choquantes dans ma petite vie. Je ne sais pas si ça a un impact positif ou négatif de voir ce genre de choses dans la vie.
Est ce que ça fait grandir? Je pense pas. AU pire ça permet d'en tirer une prétention et de se faire croire à soi même que maintenant on sait ce que c'est que la vie et que tous ceux qui n'ont pas vécu ça ne sont que des enfant à côté.
Est ce que ça nous permet d'encaisser des choses encore plus choquantes? Peut être...
Dans mon cursus on ne peut plus intéressant, j'ai pu avoir des expériences assez peu communes...
Il y avait les premiers pas dans la chirurgie. Mettre un doigt voire une main entière dans une ouverture de 20cm, et ressortir un bout de chair ensanglantée... Il y avait l'artère plus fragile que prévue, qui pète et qui fait quelques belles giclée de plusieurs cm de haut.
Il y avait aussi ce couteau planté dans le bide, avec les intestins qui ressortaient et les quelques litres de sang retrouvés pare terre, le tout avec un stress plus que palpable vu l'état de la patiente... Et accessoirement c'était ma première garde en chirurgie... C'est formateur quand même.
Mais est ce que tout ça c'est choquant?
Je pense pas, sauf le dernier épisode où on avait nos pieds trempés de sang et où on voyait nos emprunte du bloc aux vestiaires.
Mais ce n'est pas choquant... Parce que déja il y a une vie derrière tout ce sang, une vie qui a été sauvée miraculeusement (sévère ce chir, mais bon!). Ensuite, tout est fait pour qu'on ne voit pas ce patient. Des champs bleus partout, une incision de quelques centimètres (bon la dernière c'était sur tout le bide...). C'est un exercice, c'est de la maintenance, de la tuyauterie...
Bref, on encaisse, on le raconte en soirée parce que ça fait classemais ça ne semble pas nous marquer plus que ça...
Ensuite, il y a eu les dissections.
C'est comme la chirurgie, sauf qu'on est tout seuls, et que le corps est plus froid et plus rigide.
Au début, on essaye de plaisanter. Non pas par manque de respect, mais pour briser la glace qui nous empêche d'aller vers ce corps.
C'est pas facile d'approcher un mort, et sans lui dire bonjour, de prendre le scalpel et de faire une grosse ouverture dans le bide.
On touche timidement, certains ne veulent pas toucher, certains ne veulent pas être présent. Chacun fait comme il veut.
Certains veulent toucher pour toucher, certains veulent toucher pour apprendre.
Alors on tente de toucher pour apprendre.
On se rend compte que c'est aps du tout comme dans les cours d'anatomie! Il y a plus de graisse et c'est moins visible que les schémas en couleur. Et c'est en 3D. Comme dans Avatar. Mais l'odeur en plus.
Je ne suis pas sensible à la vue du "dégoutant". C'est comme ça. Le sang? Bah c'est rouge, c'est tout.
Par contre l'odeur.... ça rentre en nous, ça reste, ça s’imprègne... Quand quelque chose est visiblement trop moche on ferme les yeux. On peut difficilement fermer les narines.
Un mort dans le formol, ça a une odeur, qui reste.... Tout ce qu'on sent après sent le mort.... Parce que l'odeur reste sur le nez, sur le visage.
Le seul moyen de s'en débarasser c'est de manger un bon MacDo après...
Enfin bref, on plonge dans le corps, on sort a graisse, on trouve un rein, le professeur me demande d'en faire des tranches pour étudier sa structure, on retrouve des belles pyramides, des canalicules, c'est assez sympa.
On replonge dedans.
Et on referme.
Là c'est comme la chirurgie, sauf qu'il y a ce froid, cette raideur, cette odeur de formol qui est présente.
Mais on rigole un peu, sans manque de respect pour l'individu.
Choquant? A part l'odeur, non.
Par contre après j'ai fait un stage qui fut pour moi une révélation.
La réanimation chirurgicale.
Le dernier rempart de la médecine avant la mort.
Les urgences absolues, les défaillances vitales les plus critiques.
Le stage formateur par excellence.
Pendant quatre semaines, les patients critiques dont j'avais la charge se remettaient progressivement de leur chocs et défaillances. Les quelques uns qui étaient un peu trop fragiles décédèrent, mais généralement quand j'étais absent. Je ne les voyais pas.
Puis la dernière semaine ce fut difficile. Un grand nombre de patient partirent les pieds par devant comme dirait mon grand père...
Un patient, que je connaissais depuis longtemps, ne pouvait plus remonter la pente.
On était en janvier ou février, je le connaissais depuis octobre, il était sérieusement atteint à l'époque, mais il n’était pas en réanimation.
Après plusieurs efforts en vain, il était temps d'amorcer une désescalade thérapeutique dont je vous épargne les détails.
J'ai participé à une sorte de réunion pluridisciplinaire pour voir si "tout le monde était d'accord". Tout le personnel médical et paramédical était représenté, chacun sa vision des choses selon l'approche qu'il avait avec le patient. On m'a demandé mon avis, mon approche avec le patient, vu que je le connaissais de mon stage précédent.
Choquant ça?
Non plus, c'est aussi le métier, il n'y a rien de choquant la dedans. Alors certes ça peut faire débat, mais ce n'est pas l'objet ici. Et n'allons pas parler d’euthanasie, c'est loin d'être ça.
Tout est encadré.... Le plus impressionnant c'était la famille.... Silencieuse, respectueuse... Impressionnant...
Enfin comme d'habitude, ce patient est parti alors que j'étais de l'autre côté du service. J'ai juste vu le brancard de la morgue passer...
L'avant dernier jour, on a été bippé en urgence pour un arrêt cardiaque.
Je me rappelle de mon premier arrêt cardiaque, le massage à plusieurs, le coeur qui repart, le shoot de cathécolamines pour bosster le coeur... qui relache. On remasse. On me donne les fer à repasser, je choque.... Le coeur se lance de nouveau.
Impressionnant.
Mais là, on masse à tour de rôle (c'est exténuant...). On choque.
Je masse. Les yeux du patient s'ouvrent... Le regarde vide, les pupilles dilatées, comme les poissons au marché.
Et là "bon on arrête c'est fini"
Je crois qu'à l’hôpital c'est pas un "biiiiiip" continue qu'on entend comme dans urgence. Mais plutot un triple bip avec un écran rouge marquant "asystolie".
Choquant?
Un peu... C'est... étrange! On a fait tout ce qu'on pouvait. Mais c'est sur que regarder quelqu'un passer de vis à trépas c'est... Impressionnant.
Impressionnant mais pas choquant.
En fait dans ce métier, pour l'instant je n'ai pas été véritablement choqué.
Là où j'ai eu de véritables chocs, c'est sur internet. Là où on trouve de tout et de rien.
Surtout dans l'underground d'internet. Là où on voit des choses que même les scénaristes les plus fous n'ont pas pu inventer. Sauf que c'est vrai.
C'est déstabilisant.
Mon but n'est aps de vous montrer ce que j'ai pu voir. Certains on déja peut être vu ce que j'ai vu.
D'autres n'ont peut être pas envie de le voir.
D'autres on peut être vu pire que ça.
C'est une approche de ce qui peut choquer sur internet.
En soi ce n'est aps choquant, ça ne va pas vous empêcher de dormir. Ce n'est pas illégal
Mais une fois cela vu, on peut difficilement revenir en arrière...
C'est pour ça que je n'en dirai pas plus, je mettrai le lien en bas.
Je demande à ceux qui veulent tester leur limite de le faire en leur âme et conscience.
JE ne dirai rien de plus à ce sujet, le simple fait de l'évoquer peut être délicat pour certains.
Pareil, je demanderai de ne pas être trop explicite dans vos commentaires.
Si vous voulez tenter, suivez moi dans cette aventure ni merveilleuse ni horrible. Une aventure qui choque. QUi vous change juste un tout petit peu pour vous faire croire que vous êtes le même.
Alors que ce n'est plus le cas.
Je vous en prie:
Spoiler



mais ça ne semble pas nous marquer plus que ça...
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